La commune de Nohant [Nohant-Vic] abrite la demeure de George Sand, maison de maître achetée en 1793 par sa grand-mère, Marie-Aurore Dupin de Francueil (1748-1821), fille naturelle du Maréchal Maurice de Saxe (1696-1750). George Sand y est élevée par sa grand-mère et, à la mort de cette dernière en 1821, hérite du domaine. Elle y apporte plusieurs modifications au cours du temps, y reçoit des personnalités connues, telles que Franz Liszt, Honoré de Balzac, Eugène Delacroix ou oubliée telle que Charles Edmond Chojecki. Elle y écrit une part importante de ses romans. Lors de sa relation amoureuse avec Sand, Frédéric Chopin réside également à Nohant, et y compose de même un bon nombre d’œuvres.
E. Delacroix - Esqui...
E. Delacroix - Georg...
E. Delacroix - Frédé...
Ces deux portraits ont été réalisés en 1838 pour constituer un même tableau qui ne sera pas achevé. A la mort de Delacroix, les deux amants seront séparés.
E. Delacroix - Le ja...
E. Delacroix - L'édu...
Parterre de fleurs :...
Lié à Sand, Eugène Delacroix effectue trois séjours à Nohant, en juin 1842, en juillet 1843 et en août 1846. Il y réalise des croquis d’après nature et y peint notamment Le Jardin de George Sand à Nohant (1842 ou 1843, huile sur toile, The Metropolitan Museum of Art, New York) ou encore L’Éducation de la Vierge (1842, huile sur toile, collection particulière), tableau rejeté au Salon de 1845, ensuite conservé par George Sand. Il semble possible d'avancer que plusieurs tableaux de fleurs d'Eugène Delacroix sont directement inspirés du "jardin de poupée" dans lequelle G. Sand piochait avec furie plusieurs heures par jour.
Chère chère amie, je n’ai pas voulu vous répondre avant de pouvoir vous annoncer quand je pourrais venir vous embrasser et vous remercier de votre souvenir. On ne dirait pas à me voir que je suis si lourd à remuer et rien n’est plus vrai. D’une part les ennuis et les entraves que j’ai, d’une autre celles que je me fais, attendu ma facilité à me faire des montagnes de tout. Enfin la montagne se remue et avant le 15 je reverrai Nohant, qui est dans mon cœur et dans mes pensées comme un des rares endroits où tout me ravit, me calme et me console. Heureux Nohant, qui vous possède la moitié de l’année ! Ce que je vous dis est bien vrai, chère amie, et quoique je ne vous l’écrive pas toutes les semaines, je le pense presque tous les jours. Que ne puis-je, quand j’aurai éprouvé les dernières trahisons de ma cruelle maîtresse la peinture – ces trahisons inévitables qui attendent les derniers jours d’un vieil artiste et qui les empoisonnent s’il a la sottise d’attacher trop de prix à l’opinion de la canaille humaine –, que ne puis-je aller végéter doucement à côté de vos arbres, en attendant qu’on m’enterre par là dans quelque coin ! Ne croyez pas, chère amie, que je tourne au lugubre pour vous parler de tout cet avenir, qui serait fort riant pour moi, je vous l’assure. Je vous verrai avant le 15 : ainsi c’est brûlant, comme vous voyez. Je ne suis pas du tout fier [d’]être officier[1], honneur qui m’a surpris sans m’ébranler ; d’ailleurs vous êtes et serez toujours mon commandant. De qui vous donnerai-je des nouvelles ? De personne, car je ne vois personne. On étouffe à Paris : vous qui aimez la chaleur, vous avez eu tort de le quitter dans un si beau moment. Voilà deux mois que nous ne respirons point et les gens nerveux, dont je suis, souffrent beaucoup. J’ai tant à vous dire que je ne sais que vous dire. Je crois que c’est l’émotion que je me promets du plaisir de passer quelques moments près de vous qui me fait désirer de vous l’exprimer ; et voilà ce que je voulais vous dire, et il y a longtemps que j’aurais dû le faire, c’est de vous accabler de mon admiration pour Germain le fin laboureur et l’adorable Marie[2]. Voici un de vos chefs-d’œuvre, chère amie, et des plus raffinés : beau et simple ! que c’est beau ! Je serai intarissable là-dessus si je m’y mets une fois. Vous avez eu une bonne idée de le dédier à Chopin.
Je vous embrasse, vous, lui et tout ce qui vous entoure. Je vais faire mes courses, mes paquets et partir. Avec quel plaisir je vais secouer la poussière, la boue, la sueur de Paris ! Je vous embrasse encore mille fois et désire bien que vous ayez à me revoir la moitié de celui que je me promets. Adieu, bonne amie.
Eugène Delacroix
[1] Eugène Delacroix est nommé au grade d’officier de la Légion d’honneur le 5 juillet 1846.
[2] Personnages du roman de George Sand, la Mare au Diable (1846).