La rose ne pique-t-elle que celui qui la cueille ?
En écoutant ce poème choisi par Bruissement dont la voix est une musique "qui emplit les bois de ses ineffables sonorités" entremêlées du parfum de chèvrefeuille, je me suis demandé qui était cette Cassandre présentée à l'école comme exemple de l'amour platonique. Il me souvient seulement de la poésie, mais de l'explication, que nenni ! Il n'est jamais trop tard...
En avril 1545, Pierre de Ronsard, alors âgée de 20 ans tombe amoureux d'une jouvencelle de sept ans sa cadette qu'il rencontre lors d'une fête donnée à la cour de Blois. Il s'agit de Cassandre Salviani, fille d'un banquier italien. Le poète "n'eut moyen que de la voir, de l'aimer et de la laisser au même instant". En effet, deux jours après, la cour quitte Blois et ... un an après Cassandre se mariera avec un certain seigneur de Pray. En 1549, Ronsard compose Les amours de Cassandre, recueil de sonnets. L'année suivante : Quatre premiers livres d'Odes, puis en 52, Les amours, sonnets dédiés à Cassandre.
A l'instar de l'effet papillon, on pourrait parler de "l'effet rose" : quelques instants d'une rencontre amoureuse ont suffit à remplir d'émotions fortes le cœur du poète et à l'inspirer toute une vie. Et sa sagacité lui a peut-être permis de surmonter sa peine : ses sentiments sont nés de la vision de la beauté paradoxale : éphémère et éternelle. Peut-être comme à Boticelli pleurant « sa tête contre ses mains », les fleurs parfumées, les beaux insectes aux ailes d'or ont dit aussi à Ronsard : "il ne restera de ta mémoire si pure, à travers les âges, que l'enchantement de notre amour, parce que, plus qu'aucun autre, en des œuvres immortelles, tu auras aimé, célébré la vie adorable, et l'éternelle Beauté qui ne change pas" (Octave Mirbeau - Boticelli proteste, Le journal, 11 octobre 1896).
Voilà pour la version classique. Aujourd'hui, une hypothèse a été émise : Cassandre, comme d'autre égéries de Pierre de Ronsard ne serait qu'une muse imaginaire. Allez savoir ! Heureusement qu' il a toujours une forte dose d'imagination dans l'esprit des poêtes.
Et la rose Pierre de Ronsard ?

Mignonne, allons voir si la rose... a inspiré également un rosieriste. Dans les Jardins du Loriot, nous avons la chance d'admirer la rosier « Pierre de Ronsard ». Un visiteur nous a dit qu'à l'origine l'obtenteur était assez déçu du résultat. Il aurait laissé de côté son rosier. C'est un peu la même histoire que celle du Magnolia à Paimboeuf ou un siècle plus tard celle du Phyllostachys nigra... Et puis la nature a repris le dessus. Dans la monde des Awards (bien loin de celui de Ronsard), ce rosier à la robe d' un tendre et délicat coloris crème rosé (et non pourpré !) dont s'exhale un agréable parfum de mousse verte, s'est vu décerner en 2006 la récompense suprême de la Fédération Mondiale des Sociétés de Roses en étant élu « Rose Favorite du Monde Entier ».