| Amitié de Claude Monet et de Georges Clemenceau |
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| Écrit par Administrator | |||
| Jeudi, 06 Août 2009 21:51 | |||
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Amitié de Claude Monet et de Georges Clemenceau autour des
Nymphéas et Bambous
Les jardins du Loriot comprennent plusieurs jardins d'eau entourés de Bambous et plantés de Nymphéas. Ces compositions ont vu le jour car l'eau est un élément vital et pictural dans un jardin. Au fil des ans nous avons accentué le côté aquatique... et la découverte de la relation entre Jean Houzeau de Lehaie - le gentlemenan des Bambous et Orchidées - avec Claude Monet, le célèbre peintre impressionniste des Nymphéas constitue une des thèmatiques des Jardins du Loriot. En visitant les bosquets de bambou, les massifs fleuris et les différents bassins vous vous pourrez découvrir en 2010 l'amitié forte et parfois houleuse entre le peintre-jardinier Claude Monet et le vendéen Clémenceau dit le Tigre qui était un grand amateur des jardins - il adorait avant tout les roses -, et aussi un ardent défenseur de l'impressionnisme. L'amitié entre les deux hommes date probablement de 1890, période à partir de laquelle le chef de fil des impressionnistes va se fixer à Giverny dans l'Eure et inventer son jardin d'eau en détournant un petit affluent de la Seine. Progressivement l'idée des Nymphéas va se développer d'abord en tant que plantes aquatiques attractives (Monet a vu à l'Exposition Universelle de 1889 - celle de la Tour Eiffel - la belle collection des nénuphars hybridés par Bory de Latour-Marliac) dans un environnement permettant, grâce aux peupliers et à des grands bambous, de filtrer la lumière du ciel à la surface de l'étang. Les Nymphéas deviendront par la suite le thème majeur, voire obsesionnel, des peintures de Claude Monet dans les deux dernières décennies de sa vie. Clemenceau rend régulièrement visite à son ami, au point de devenir un des visiteurs les plus familiers de Claude Monet. Le vendéen a ainsi l'occasion de comprendre in situ comment le peintre perçoit au fil des longues journées d'observation, ses nymphéas au-delà des simples apparences : mouvement de la lumière, mouvement du ciel, mouvement des herbes qui serpentent lentement dans le miroir de l'eau. Claude Monet s'est imposé de peindre ses paysages aquatiques tels qu'il les ressent et les a créés. Bien que l'entreprise s'avère longue et difficile voire douloureuse, il atteint à la fin du XIXième sièce et au début du XXième la notoriété nationale et internationale. Au cours de la 1er Guerre mondiale, Monet souhaite donner à l'Etat quelques unes de ses Grandes décorations qu'il va réaliser dans son troisième atelier de Giverny construit à cet effet. A la fin du conflit, Clemenceau âgé de 77 ans et en retraite de la vie politique, va servir d'intermédiaire pour qu'un bâtiment des Beaux-Arts (finalement ce sera le Musée de l'Orangerie) puisse recueillir les oeuvres du maître. Malgré la ténacité et les encouragements prodigués par le Tigre, le projet n'avance pas aussi facilement : du côté des architectes, des maîtres d'oeuvre, mais aussi du côté du peintre : en 1922, il est sur le point de perdre la vue. Alors Clemenceau, médecin de formation, va tout faire pour que son ami se fasse opérer de la cataracte par le meilleur ophtalmologue de l'époque ... Rien n'est gagné : Clémenceau va développer un trésor d'imagination pour que Monet accepte de se faire opérer. Le maître craint trop de perdre la vue, et consentira à l'opération d'un seul oeil. La correspondance, à ce sujet, entre les deux hommes est particulièrement épique ! Une fois la vue recouvrée partiellement, Claude Monet, perfectionniste, après s'être remis à peindre (mais aussi à crever de nombreuses toiles qui ne lui donnent pas satisfaction) va revenir sur sa décision d'offrir plusieurs Grandes décorations à l'Etat. Clemenceau est tellement dépité qu'il va envoyer plusieurs lettres incendiaires à "petit bébé" devant trop d' "enfantillages" mais les sentiments si profonds que les deux hommes ont tissés entre eux depuis leur première rencontre résistera à cette période tendue. L'on apprend aussi au cours de la visite des Jardins du Loriot que Monet est venu rendre visite à Clemenceau dans sa petite maison, sa bicoque, à Belebat sis à Jard-sur-mer en 1921. Tous deux grands amateurs de fleurs et de jardins, ils échangeaient des plantes, des fleurs et des boutures. L'un avait un jardin océanique dans la dune, l'autre avait un jardin aquatique sur le bord de l'Epte. Clemenceau apportait à Giverny des poules japonaises (il avait un poulailler au 8 rue Franklin dans le XVIème arrondissement de Paris!) et n'oubliait pas de faire livrer à son ami qui lui aussi aimait faire bonne chère, du Champigny rapporté de chez le père Crital, vigneron saumurois, lors de ses allées et venues entre Bélébat et la capitale... Aussi bourrus mais aussi tendre l'un que l'autre, les deux amis avaient d'autres plaisirs partagés : ils étaient mordus de belles voitures, mais il semble que Brabant le chauffeur de la Rolls de Clemenceau devait brûler plus la route que le "chariot immobile" de Monet ! Imaginez en 1920, c'est à plus de 100 km/h que Clemenceau descendait de Paris à Jard-sur-mer. Après avoir prodigué tant d'encouragements, lorsqu'il pressent la fin de Monet assez proche, Clemenceau d'un an son cadet, encore plein de vitalité à 86 ans, lui témoigne toute son affection, son admiration sans limite, en lui envoyant des lettres pleines d'humour, parfois émaillées d'une ironie grinçante mais toujours sous le sceau d'une affection fusionnelle. Clemenceau, lettre du 10 juin 1926 à son Cher bon vieux : J'espère que je pourrai faire le voyage de Giverny dans une huitaine de jours. Comme je crois avoir compris que vous ne travailliez pas en ce moment, je suppose que dimanche vous est indifférent. J'emporterai un oeuf à coque (avec la coque pour le cas où votre table serait dépourvue). Dites-moi si ce plan vous paraît bon. Madame Monet m'écrit que votre indisposition vous a rendu d'une douceur esquise. On ne vous voit que couronné de roses avec des plumes de vautour sur la tête exécutant des pas de quatre à vous tout seul. C'est dans ce même état que vous me verrez arriver avec des flûtes, des tambours de basque et des gongs. Préparez-vous. La Fontaine a dit : "Je voudrais
Qu'on sortît de la vie ainsi que d'un banquet "
Jacques Chaplain
La Mancelière 10 août 2009
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